I/ Origine et développement de cette culture.
Le mouvement hip-hop trouve son origine vers la fin des années 1960. Vu au commencement d'un point de vue festif, son développement lui a permis de prendre une nouvelle forme et de conquérir les pays occidentaux.
1) Les racines du hip-hop aux Etats-Unis.
(Fin des années 60 =>1982)
Afin de comprendre comment le hip-hop est né dans les années 1970 dans le Bronx, il faut prendre conscience de la situation économique et sociale très difficile de l'époque. En effet, les années 1970 sont une période de crise économique et les quartiers, déjà dans une situation très précaire, voient les spéculateurs immobiliers préférer raser les vieux immeubles des quartiers comme Brooklyn, Harlem ou le Bronx plutôt que de les restaurer.
C'est ainsi que dans chaque ghetto, la population va vouloir lutter contre cette injustice et d'un coté les plus déterminés s'opposeront à cette situation par la violence et de l'autre, les plus progressistes qui tenteront de faire passer leurs idées grâce plus créatives et positives.
C'est dans ce contexte que le rap va naître. En effet, ses racines remontent à la fin des années 1960 avec l'apparition des " Last Poets ", un groupe qui revendique des idées révolutionnaires en scandant leurs rimes sur des beats. Et c'est de Jamaïque que va arriver le père fondateur de la culture hip-hop : il s'agit de Clive Campbell, plus connu sous le nom de DJ Kool Herc. Dès 1970, ce jeune jamaïcain est un des premiers à préparer régulièrement des ''Block Party'' : des fêtes informelles organisées dans des quartiers.
Ces fêtes sont mises en place et animés par des DJ qui condamnent les deux accès d'une rue grâce à des barrières et relie la sono à une source d'électricité : un lampadaire dont le courant est détourné.
La danse a pratiquement les mêmes origines que le rap : elle est issue de l'arrivée massive d'immigrants dans les années 1950 et 1960. Elle tire son inspiration de la danse africaine et sud américaine (capoeira, salsa ...). De cette génération de jeunes venant de divers horizons va naître la danse hip-hop. Ces danseurs sont appelés " b-boy ", nom donné par DJ Kool Herc et qui signifie breaker boy.
En ce qui concerne le graffiti, son origine remonte à la fin des années 1960. C'est grâce au tag que tout un mode d'expression pictural va naître. En effet, les premiers graffiti apparaissent sur les murs de New York et sont l'œuvre des membres de la communauté latino-américaine.C'est cependant les adolescents noirs qui vont lancer le tag. Leur but est de faire connaître leur nom, leur quartier...
Les taggers vont rapidement prendre d'assaut les rames de métro New-yorkaise, moyen de communication idéal pour faire véhiculer son nom dans toute la ville et l'exposer aux yeux d'un large public. Jusqu'aux années 1980, le graffiti va jouir d'une relative liberté : la répression anti-graffiti n'est pas encore réellement organisé et les graffiteurs continuent à peindre sur les murs d'usines désaffectés, de squat, sur les lieux publics, les panneaux publicitaires...
Le rap lui aussi va vivre dans une ambiance assez festive jusqu'en 1982. En effet, les années 1970 vont être marquées par la multiplication de ces " Block Party ". A l'initiative de DJ Kool Herc, des " célébrités " de chaque quartier montent sur scène lors de ces fêtes et ont pour rôle de mettre de l'ambiance. Il va y avoir peu à peu des rivalités entre chaque ambianceur, ce qui va aboutir à des joutes verbales qui déchaîneront les foules.
Il s'agit là de la naissance des premiers Maîtres de Cérémonie (M.C), rappeurs qui vont permettre à la culture hip-hop de se développer dans tout New York. D'autre part, Afrika Bambaataa va œuvrer à l'édification d'une culture hip-hop progressiste et anti-raciste. Membre de gang repenti, il va voir ses amis mourir les uns après les autres, ce qui va le pousser à fonder la Zulu Nation qui prône un retour aux sources africaines et érige en principe fondamental une doctrine simple " Peace, Love and Having Fun ". Il revendique aussi le pacifisme et le sens de la fête ainsi qu'une tolérance à l'égard des peuples du monde.
La culture hip-hop sera donc festive, dénué de toutes revendications sociales jusqu'en 1982, date à laquelle tout va être remis en cause.
2) Un aspect de cette culture de plus en plus contestataire.
(1982 =>années 1990)
La culture hip-hop va passer d'une ambiance festive à une ambiance contestataire très rapidement.
En effet, tout va être remis en cause avec la sortie de " The Message " en 1982 par Grand Master Flash et son groupe, The Furious Five. Son texte dresse une vision apocalyptique de la situation des noirs. C'est ainsi que les rappeurs vont pour la première fois s'engager socialement et faire une description assez péjorative de leur environnement délabré ou la misère, la faim et la drogue touchent la grande majorité de ces laissés pour compte de la société. La contestation devient donc de plus en plus importante dans ce mouvement hip-hop mais elle ne touche principalement que le rap.
Tout d'abord, en cette période d'intense créativité, certains rappeurs vont sortir du lot pour revendiquer leurs idées.
Dès 1985, il va y avoir un retour au battle et l'un des plus célèbres va opposer MC Shan à Krs-One qui pendant un an vont se livrer un véritable combat, chacun revendiquant la paternité du rap (MC Shan du Queens et Krs-One du Bronx, lieu réel de l'origine du rap). Les rappeurs n'en viendront cependant jamais aux mains, le respect étant omniprésent de part et d'autre.
Le groupe qui aura le plus marqué le rap de part son engagement n'est autre que Public Enemy. Ils vont prôner l'autodéfense par les armes face à la suprématie oppressante des blancs et vont donner naissance à toute une vague de rap hautement politisé et engagé, ce qui n'avait plus été vu depuis les Last Poets. Cependant, ce groupe va être dénigré par le public blanc. En effet beaucoup de leurs textes étaient fondés sur des paroles racistes et peu recherchées.
D'autre part Krs-One va faire appelle à un rap beaucoup plus réfléchi. Surnommé le " métaphysicien du rap " ou le " Professeur ", il va prêcher l'éducation et la connaissance de soi grâce à des textes humanistes et utopiques tels que " You must learn ". Il initie ainsi le " Stop the Violence Movement ", un mouvement destiné à dénoncer le " Black on Black crime ".
C'est ainsi que dans cette période assez turbulente pour le rap, les premières censures vont apparaître. Le rap va connaître ses premiers procès pour violence et les " Parental Advisory " vont se multiplier afin de prévenir les parents du caractère agressif de ces albums. Par exemple, Ice-T, l'un des premiers rappeurs à émerger de Los Angeles va voir le retrait des bacs de son album pour la présence d'un titre provocateur " Cop Killer ".
Dès la fin des années 1980, le rap doit faire face à la tentative des majors de récupérer le rap pour l'utiliser à des fins commerciales. Après le succès de certains rappeurs (LL Cool J, RUN DMC) les maisons de disques se rendent compte du potentiel du rap. On voit alors l'apparition d'un rap " dance ", vidé de tout contenu.
Cela amène le rap à son plus bas niveau d'originalité et le symbole de ce mouvement est Vanila Ice, un rappeur blanc inconsistant qui va parvenir grâce au marketing à vendre trois millions d'albums.
Dans ce contexte, une nouvelle génération de rappeurs va revenir à un rap inventif et attaché à ses racines. Ils vont se revendiquer de la New School et leur par rapport à l'ancienne génération de rappeurs va surtout se faire dans les textes. En effet, les textes sont beaucoup moins linéaires et la musique va trouver son inspiration dans les samples du Jazz et de la Soul des années 1960. Les groupes les plus influents de cette époque vont être entre autre : Gangstarr, Leaders of the New School ou encore Native Tongues...
Pour conclure cette partie, on peut se demander en quoi la culture hip-hop est une contre culture à cette époque ?
Tout d'abord, le terme contre culture désigne une culture qui se développe dans certains groupes sociaux contre la culture dominante. La culture hip-hop peut être qualifiée de contre culture car elle s'oppose et critique la culture dominante ; elle refuse, en effet, toute institutionnalisation. Dans leurs textes les rappeurs prennent position, espèrent un monde meilleur et mettent leur talent au service de l'éducation des masses qui comme eux viennent de quartiers extrêmement défavorisés.
Cette renaissance du " vrai rap " n'empêche cependant pas les problèmes de subsister et elle marque la fin de l'âge d'or laissant place à une période plus prolifique mais moins innovante.
3) Explosion et diffusion du phénomène.
C'est ainsi que dès 1988, la côte Est des Etats-Unis, incarné par les rappeurs de New York n'est plus seule. En effet, sous l'influence de plusieurs rappeurs " gangsters " de la côte Ouest, Los Angeles se retrouve au sommet des charts. C'est un jeune rappeur qui a le sens des affaires qui va monter un label (avec des fonds d'origines mystérieux, sûrement le deal de la drogue), Ruthless Record, et va sortir l'album du groupe dont il est la vedette, NWA ou Nigger With Attitude. Le groupe met à l'honneur une sous division du rap : le gangsta rap (rap musicalement plus mélodique et plus accessible que celui de New York, mais textuellement plus menaçant).
Le détonateur pour le groupe est le titre " Fuck the police ", où ils s'en prennent aux forces de l'ordre qui multiplient les bavures et les délits de faciès dans les quartiers noirs. Bien que boycotté par les radios, l'album se vendra tout de même à plusieurs millions d'exemplaires.
Mais le rappeur le plus chanceux n'est autre que Dr Dre. En effet, il va faire la découverte de Snoop Dogg, un rappeur à la diction paresseuse et aux textes à la fois humoristiques et durs qui séduiront l'Amérique toute entière. Le label monté par DR Dre, Death Row totalisera dix huit millions d'albums vendus entre 1992 et 1996.
Cependant, issu de cette vague un artiste sort du lot et s'impose comme un modèle pour de nombreux jeunes. Cultivant une image à double facette, entre un côté " lover " et un côté " bad boy ", 2Pac atteint une popularité inégalée. Il meurt assassiné, dans des circonstances mystérieuses en 1996 et sa mort va marquer le déclin de la côte Ouest qui va s'engluer dans des guerres fratricides liées aux gangs.
C'est ainsi que New York va revenir au premier plan, sous l'impulsion de grands rappeurs qui vont sortir des albums qui vont s'imposer comme des classiques du genre : " Ready to Die " de The Notorious B.I.G., " Illmatic " de Nas...Aussi, le rap va réellement se diffuser dans tous les Etats-Unis : Eminem et Slum Village de Detroit, Outkast d'Atlanta, les Geto Boys de Houston... Cette nouvelle vague de rappeurs se démarque et retranscrit avec brio les difficultés nouvelles des noirs et la violence physique et psychologique de la vie dans les ghettos. New York voit ses ventes monter en flèche tandis que Los Angeles retourne dans l'ombre de la capitale économique américaine. Une tension palpable s'installe alors pendant deux ans entre les deux côtes mais malheureusement, les violences ne resteront pas uniquement verbales et en 1997, un an après la mort de 2Pac, The Notorious B.I.G. qui s'apprêtait à sortir son second album, périt sous les balles.
L'absence de moyens est le principal problème pour les acteurs de la culture hip-hop, et la seule solution pour eux de sortir de l'anonymat.
En conclusion, le phénomène hip-hop a connu une véritable explosion depuis les années 1980, se développant tout d'abord dans l'ensemble des Etats-Unis et touchant ensuite tour à tour les pays occidentaux puis le reste du monde...